A l’occasion du trentième anniversaire de l’abolition de la peine capitale en France, le réalisateur Cédric Condom a présenté le 9 octobre 2011, sur la chaîne Planète + Justice, un documentaire de 52 minutes « Le dernier Guillotiné ».
Le film parrainé par Synergie prépa et e-médias Institut, l’école de journalisme d’Aix-en-Provence a été diffusé en avant-première, en partenariat avec Amnesty International, le vendredi 7 octobre 2011 à 19h.
La projection a eu lieu dans les locaux de l’école et a été suivie d’un débat en présence des auteurs, d’acteurs du dossier, de membres d’Amnesty International.
Interview de Jean-Yves LE NAOUR, lors de l’avant-première du « Dernier Guillotiné » le vendredi 7 octobre 2011 à e-médias Institut.
Jean-Yves Le Naour, scénariste du film documentaire « Le Dernier guillotiné » retraçant la condamnation, en 1977, de Hamida Djandoubi, rappelle que « la peine de mort n’influe pas sur la criminalité ». Photo DR
Question : Hamida Djandoubi, la vingtaine, est amputé de la jambe suite à un accident de tracteur. Cet événement traumatisant a-t-il changé l’homme à jamais ?
Jean-Yves Le Naour : Suite à cet accident, Hamida Djandoubi s’est enfermé, refusant de sortir de chez lui, il s’est profondément isolé. Imaginez-le : comme décrit dans le film, l’homme est un Don Juan, il aime séduire les filles. Cet accident marque chez lui un profond traumatisme, une atteinte à sa virilité. Elle est presque vécue comme une émasculation. Et elle va profondément changé son rapport aux femmes. Il devient méprisant.
Q : Le comportement de Hamida Djandoubi a-t-il été diagnostiqué par des experts ?
JYLN : Les avis émis par les experts médicaux étaient outranciers. Ils dépassaient clairement leur domaine de compétence. Leur expertise médicale était biaisée, entravée par des suggestions faites en direction des politiques ou des juges. C’est dans les rangs du corps médical que se tenait l’authentique bourreau.
Q : Cette condamnation est-elle politique et Hamida Djandoubi un exemple ?
JYLN : Je pense que la peine de mort est démagogique : pourquoi Hamida Djandoubi est exécuté ? Pourquoi d’autres condamnés finiront leurs jours en prison ou seront graciés ? On ne sait pas. De même, on ne sait pas pourquoi sous Valéry Giscard-d’Estaing, trois condamnés ont été exécutés, pourquoi le rythme se maintient [ndlr : trois exécutions ont été réalisées sous la présidence Pompidou, une sous De Gaulle] alors qu’il n’y a aucun lien de corrélation entre exécution et baisse de la criminalité. La peine de mort est pour moi avant tout un objet politique, une décision qui repose entre autres sur des considérations électorales. C’est suivre l’opinion publique. Le rythme des exécutions est magique, il n’a rien de régulier : les politiques se veulent rassurant, montrer à la population qu’elle est à l’écart des crimes les plus odieux. Jusqu’au prochain prisonnier exécuté.
Q : Hamida Djandoubi était tunisien. Pensez-vous que ses origines ont eu quelque influence sur sa condamnation ?
JYLN : On peut se poser la question. Aujourd’hui encore, aux Etats-Unis, 42% des détenus sont noirs, 44% blancs, 12% hispaniques. Mais je n’ai jamais mis la main sur des preuves tangibles d’une éventuelle forme de racisme dans le cadre de cette affaire.
Q : L’exécution récente de l’afro-américain Troy Davis pour le meurtre d’un policier a provoqué de nombreuses réactions aux Etats-Unis, notamment des médias. A-t-on réellement clôt le débat sur la peine de mort ?
JYLN : En France, clairement, il n’y a plus de débat. C’est inscrit dans les textes, notamment la Convention européenne des droits de l’Homme depuis 2007 ou la loi de 1981 promue par Robert Badinter.
Q : Mais que dire du sondage récent de l’IFOP qui indique que 63% des français seraient favorables à ce que la question de la peine de mort fasse l’objet d’un référendum ?
JYLN : C’est un chiffre, on lui fait dire ce qu’on veut. Je ne crois pas qu’il traduise réellement l’opinion. L’abolition de la peine de mort a été entérinée par les députés et les sénateurs, c’est avant tout eux qui nous représentent. La peine de mort installe un cercle vicieux : une augmentation de la criminalité conduit à une augmentation des exécutions. Les défenseurs de la peine de mort sont des irrationnels : ils répondent à des pulsions, pensent avec leurs tripes.
Propos recueillis par Jérémy Gabert
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 10.0/10 (1 vote cast)